Notre monde est vraiment nouveau, si petit, si on
le regarde du point de vue de l’Internet, mais si grand si
l’on ne sait ce que l’on recherche, si l’on ignore
quelle route emprunter : une mer immense et inconnue comme celle
que Ulysse, premier homme moderne, affronta sans s’y perdre
parce qu’il gardait Ithaque en son coeur.
Voici que les vieilles appartenances (tribalisme ?) fleurissent à nouveau.
Les peuples anciens que sont les sardes, les corses et les ligures
semblent étonnamment similaires dans leur langage artistique
si l’on se détourne de l’angle de vue qui nous
est imposé depuis 3000 ans par notre culture “blanche” et
occidentale : la musique, la sculpture, la nourriture mettent en évidence
des archétypes réellement partagés et curieusement
en harmonie avec d’autres appartenances, qui peuvent sembler
lointaines en apparence.
Ce sont vraiment les cultures “lointaines” par excellence,
celles des peuples africains, qui expriment de manière foudroyante
cette harmonie.
Regardons ensemble Picasso, Giacometti, Fontana, les sculptures du
peuple Senufo, les tissus Shoowa, les menhirs corses ou les stèles
de Viddalba, en restant prêts pour toute surprise nouvelle.
Quel besoin a-t-on de tout expliquer logiquement ? Ecoutons les chants
sardes et ligures anciens, tout en en gardant une oreille sur les
rythmes africains et sur la musique contemporaine. Ces archétypes
communs, partagés sans interruption spatio-temporelle, sont
bien vivants et actuels. Ils correspondent à un besoin d’absolu, à une
quête de “l’autre” qui est le mystère
de la vie, l’origine de toute expérience artistique.
Les artistes du XXe siècle sont les premiers à avoir
ressenti cela. Dans un monde où les certitudes millénaires
commençaient à pâlir, ils sont restés
les ultimes navigateurs qui ont rompu les amarres de la banalité pour “ le
devenir d’un monde expert, des visées humaines et des
valeurs”.
Les peintres, les sculpteurs mais aussi les poètes et les
musiciens, de Picasso à Joséphine Baker semblent être
les premiers à avoir mis en évidence une sorte “d’ A.D.N
culturel” tant et si bien qu’il est permis de nos jours
de présenter côte à côte le travail d’une
photographe suédoise (Ewa MARI-IOHANSSON), l’oeuvre
d’un grand artiste du XXe siècle (Giuseppe CAPOGROSSI)
et les tissus anciens du peuple Shoowa de la République Démocratique
du Congo. Tribale Globale se veut ainsi : un voyage où une
appartenance fièrement revendiquée, rend curieux et
disponible à l’égard de celle des autres, où l’interpénétration
enrichit et permet une intégration qui est aujourd’hui
tout aussi difficile que nécessaire.